5h00 de Téoz sont propices à la méditation. 1h30 de TGV le sont aussi. 300 km/h, enfermé dans une
cage de Faraday prise entre un plus et un moins tendus à 10 000 volts à travers la campagne française, c’est une expérience que les gens
trouvent banale -trop à mon loueur de voiture avis.
Je me suis toujours demandé pourquoi je kiffais les trains, depuis tout petit. Je me suis également toujours demandé
dans quelle case je pouvais rentrer. Ces cases que la société invente pour fabriquer des préjugés et rassurer (on a moins peur de ce qu’on connaît). Pour avoir un élément de réponse à ces
deux question, il suffisait de les mettre en parallèle, comme les rails des trains, toujours ensemble, mais qui jamais ne se croisent. Cette mise en parallèle a été déclenchée par la lecture d’un
passage du livre intitulé En cas d’amour, Psychopathologie de la vie amoureuse écrit
par Anne Dufourmantelle, livre plutôt mal écrit, d’un auteur que je ne connais pas et qui mélange étrangement histoires romanesques et références scientifiques plutôt indigestes. Ce livre que
j’avais offert et qui n’a jamais été lu m’est revenu. En fait, c’est bien moi qui avait envie de le lire…
Bref, extrait du chapitre appelé Bisexualité :
« Passer d’un mariage à un amour clandestin puis faire son coming out, très bien, mais c’est une fois pour
toutes, alors que se promener de l’une vers l’autre rive sans savoir où se fixer, quitte à revenir au choix antécédent, cela est très mal vu, car c’est la communauté entière (homosexuelle ou
hétérosexuelle) qui se trouve menacée dans ses valeurs et probablement dans sa fonction protectrice. »
Passer d’une rive à l’autre serait donc mal accepté. Être tout le temps en mouvement entre des groupes, des
communautés, des sexes, des cases préconçues, entre des villes (comme les trains), c’est un peu moi. C’est peut-être pour cela que je les kiffe (les trains), à l’inverse des avions, peut-être
trop rapides, trop violents, réalisant un voyage trop catégorique.
Le voyage est toujours mieux que la destination…
Les frontières sont de plus en plus floues entre les cases mais les cases sont de plus en plus hermétiques. Les
TGV rapprochent de plus en plus les villes mais les villes grossisses à vue d'oeil.
Vont-elles se toucher et se confondre un jour ?
D’ici là, je ne vois qu’une solution. Il me faut une case « divers », fourre-tout et ne désignant rien si
ce n’est le besoin de caser. J’aurais plein de co-casiers classés par les autres comme ces singles MP3 qu’on case dans un dossier "Divers" parce que leurs auteurs n’ont pas réussit un seul
album.
Cela dit, tout le monde n’est pas fait pour faire un album. Certains sortiront de la case divers en sortant un album
disque d’or 20 ans après leur premier succès (think Kylie
Minogue), d’autres ne feront qu’un single et nous leur en seront reconnaissant
(think Jean-Pierre
François), beaucoup d’autres essayeront de faire un album et ne réussiront qu’à péter les oreilles
de tout le monde (think la variété
Française).
Qui a peur de la case Divers ? Pas moi
Être souvent en mouvement ne signifie pas une grande indécision ou neutralité protectrice, il s’agit ici de liberté…
Une majorité d’individus navigue entre deux rives (je le sais car je navigue rarement seul) mais seule une minorité l’accepte. Et ça, c’est peut-être le plus dur. Accepter de faire le voyage,
d’arriver et surtout de repartir !
Tiens, on arrive à St Pierre des Corps au pieds TGV…
Et encore une fois, à quelques jours de prendre le train, une star nous quitte de manière subite et inopinée. Je
vais vraiment croire que mes voyages en train sont létaux et que la SNCF favorise l’introspection.
Adieu Stephen